Découragé par les jeux - Le Spleen des temps modernes

Avez-vous écouter les conférences du E3? Avez-vous suivi l'actualité vidéo-ludique depuis les dernières semaines? En avez-vous sorti en ressentant un sentiment de découragement? Si je me fie aux commentaires que j'ai entendu autour de moi, ça semble être le mot d'ordre. La plupart ont été déçu des conférences, déçu des jeux annoncés. Ça se plaint que la nouvelle console de Nintendo est une vraie joke. Ça se plaint que les jeux annoncés sont uniquement des suites des gros blockbusters.


Et pour une fois, je ne vais pas objecter. Pour une fois, je suis d'accord. Je dois avouer, moi aussi j'en ai mon quota!

Pour vous mettre dans le mood vous aussi, je vous suggère un peu de lecture.

D'abord, un petit texte. Mastering the Puppet. Ça se lit en 2 minutes et ça devrait faire allumer une petite lumière rouge dans votre esprit. Selon son auteur, Steven Poole, on serait devenu des pantins. On se fait contrôler. C'est nous qui tient la manette, le "controleur", mais en réalité, c'est le jeu qui nous contrôle.
Yes, our favourite escapism is escapology. [...] Most of the time, we are not so much adventuring or exploring as just trying to get the hell out. It is as though games are sympathetically acknowledging and gently satirising our plight as players, voluntarily enslaved in an imaginary prison. [...] The reward for finishing a game is, finally, that you can turn it off.
-Mastering the Puppet
Les jeux sont devenus hyper scripté, même les jeux qui se vantent d'être «open world», «sandbox» ou «RPG ouvert». Je comprends que c'est pour le bénéfice de l'histoire et du scénario, mais c'est quand même un peu brutal de se faire dire que tous les jeux qu'on a joué jusqu'à maintenant présentaient la même action dans le même contexte: s'échapper et sortir du niveau. C'est brutal parce que c'est vrai! Je dois avouer que même mes jeux préférés, Portal ou Braid, sont méticuleusement calculés pour nous faire suivre un cheminement physique ou un raisonnement mental. Suffit de voir le making of de Braid ou de Portal pour comprendre.


Mais ce problème de captivité n'est pas seulement présent dans les thèmes des jeux. C'est toute l'industrie qui est captive de son propre modèle d'affaire! À ce sujet, lisez ce deuxième texte au ton humoristique, mais surtout cynique: The 6 Most Ominous Trends in Video Games par David Wong. Comme son titre l'indique, il fait un tour d'horizon complet de tout ce qui a de mauvais à propos de l'industrie des jeux, en 6 points. Et c'est dévastateur parce que vous ne pouvez même pas argumenter qu'il a tord. Il parle notamment de la course à la technologie et des problèmes que ça génère, des DRM et des limites que les compagnies utilisent pour nous faire payer toujours plus d'argent. Il parle des graves manques de créativité des compagnies de jeux et du pièges dans lequel ils sont tombé aux-même creusé. Il s'attaque même aux problèmes de nomenclature de ce qu'est un «jeu». Et le mieux, c'est que contrairement à bien des articles négatifs dans les médias, il ne fait pas que chialer: il donne aussi des pistes de solutions. Comme quoi il reste un peu d'espoir.
That hasn't made sense for a lot of years now. The future is that what we're now calling video games will cease to be a thing, and will break up into several different art forms, each with their own medium. We'll have true "games" where we perform simple tasks to kill a few minutes or get a high score (Angry Birds, etc) that will cost a dollar or two. We'll have interactive stories that are less about "winning" and "losing" and more about relating to characters and following drama (LA Noire, Heavy Rain) and they will not be called games, because it never made sense to call them that. Those titles should be priced like what they are: long rendered movies with some interactivity thrown in as a bonus, that the audience will only sit through once. Then we'll have competitive multiplayer games as their own thing -- those will probably be a subscription model, with no $60 game up front but with an infinite amount of shit for the most obsessed to blow their disposable income on.
-The 6 Most Ominous Trends in Video Games
N'empêche, lire tout ça, c'est déprimant en maudit. Se faire dire que son hobby préféré est complètement foutu, ce n'est pas plaisant. Mais en réalité, ce n'est pas la faute à ces 2 textes si je suis pessimiste sur l'avenir des jeux. Non. Parce que ce que j'y ai lu, c'est tous des trucs que je savais déjà. J'étais déjà déprimé bien avant mes lectures. Au E3, ils n'ont annoncé que des foutus shooters. Toujours des fusils. Toujours des mautadines de fusils! Peut-on espérer un jour trouver un remplacement au gameplay de tous les blockbusters qui sortent? Tsé, l'univers de Bioshock est vraiment cool. Alors pourquoi c'est un foutu shooter? Oui, c'est un bon jeu. Oui c'est cool ce qu'ils ont fait avec le système de combat. Mais Ken Levine est un gars brillant. Pourquoi il s'est arrêté à ce modèle là?

Ce que j'ai peur, c'est qu'à cause de ça, les gens vont arrêter de jouer. Au lieu de se tourner vers les trucs cools des développeurs indépendants, vers les petits jeux téléchargeables super originaux des plateformes de téléchargement comme Steam, XBLA et PSN et même les jeux de plus en plus uniques sur iPhone et iPad, j'ai l'impression que les gens vont juste... cesser de jouer. Se décourager et se dire qu'ils sont rendu trop vieux pour ça. Que c'est un truc pour les enfants et pour les ados attardés. Et ça, de tous ce que je vous ai fait lire, c'est probablement ce qui est plus déprimant d'entre tous.

Sur ce, si vous avez jamais joué à Portal 1 et 2, allez faire ça tout de suite. C'est ce qui m'a donné espoir que tout n'était pas perdu. (Même si c'est très précisément une évasion super linéaire du même type de ceux que Steven Poole mentionnait dans le premier article, ça reste que c'est très bien fait, ça se prend pas au sérieux comme les maudits shooters et, pour une fois, il faut se creuser les méninges un peu.)